La plume à Pauline, on va perdre gros !

Publié le par Bubune

Bubune

la fine plume d'un poète en campagne...

Gare au ralentissement, pour qui viendrait lorgner près du champ ! Établi à Bourcq, 60 habitants, Bubune alias Bruno Feucher cultive l'originalité champêtre et la poésie engagée, au fil des recueils et des phrases végétalisées. Instant rural.

Tous ceux qui l'ont vu peuvent en donner l'adresse : le champ se trouve à droite après le rond-point de Mazagran, vers Vouziers, et suffisamment incliné, évidemment, pour que les lettres se lisent depuis la route.
« Vive la Gaule », d'octobre jusqu'aux semis de printemps, se dresse donc dès potron-minet au milieu des pousses de moutarde (un engrais naturel), 200 mètres sur 50 pour piquer la curiosité des autos. Objectif ? Encourager le rugby français en seulement 40 minutes de labour artistique, top-chrono. Et depuis le glorieux « Allez Sedan » de colza, en 1999, ont poussé un « Allez au Bistro » pour sauver les cafés ou encore, selon la rotation des sols, un sanglier sous son symbolique « Ard'Eden ».
« Ce terrain est mon petit plaisir ! J'offre du spectacle gratuit aux gens », raconte Bubune, paysan engagé dans l'humour et le jeu de mots, locataire d'un champ menacé par la vente.
Pourvu que ça dure ! Car de tous ceux qui sont passés devant, certains se demandent encore qui se cache derrière le messager... La réponse se trouve tout près, sur la butte de Bourcq, dominant les Ardennes et l'Argonne à 30 kilomètres à la ronde, un paysage haut en couleurs et clochers.


Terre sans censure


Bubune, 52 ans, ne dément pas seulement l'absurde idée du paysan sans culture.
Régnant sur 20 vaches et 100 hectares de terre depuis 1980, il avoue s'ennuyer fermement à la ferme et va souvent chercher sa nourriture intellectuelle à... Charleville-Mézières. C'est dire l'isolement ressenti dans ces contrées rurales, « un bled sans vie », six fermes pour 60 habitants, un terreau fertile pour l'éternelle complainte des « Aigriculteurs ».


Bubune en a même fait un poème : « quand c'est bon, il dit que c'est moyen. Moyen, il dit que c'est mauvais. Tel est le propriétaire terrien, il n'en a jamais assez », livre-t-il, qui trouve aussi dans « l'Abriculture » avec « ses amis les mots », un heureux « nid de survie ».
Et si la pâture, depuis la route, échappe à la censure politique, notre poète, de gauche au contraire de tous ses confères, s'insurge aussi sur le papier contre bien des critiques. Après le recueil « Tronches de Vie » en 2010, il s'attèle donc à écouler « 50 balais, 50 poèmes », tout seul au fil des Ardennes. « Si tu n'es pas connu, tu ne vends pas », s'indigne-t-il, qui gagne pourtant à l'être. Il en reste 200 exemplaires, prouvant décidément que le bonheur est dans le pré.


« J'écris en direct, sans pouvoir dire : j'ai deux heures, je vais faire un poème. Non. C'est sur l'instant ». Portraits de gens locaux, de restos, caricatures de société... Rien n'échappe à la plume spontanée de Bruno Feucher, athée et épicurienne. Ici, les éoliennes deviennent des Majestés. Là, dans le sud-ouest ardennais, « on se marie pour le blé ». Révolté. « Je dénonce des vérités, le zèle de la police, le salaire des députés, la détention... Gentil, mais provocateur ». Son dernier en date, le Chasseur Ivre, reprend le modèle du Bateau de Rimbaud, en 25 strophes. Pour une ode, on s'en doute, comme la couleur du champ gelé, en demi-teinte...

E.Leclerc de Vouziers, Sedan, librairies Rimbaud et Renoir. bubune.over-blog.com

Par Pauline Godart

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